OTB : la stratégie créative d’un groupe qui résiste au ralentissement du luxe

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Face à une industrie du luxe entrée dans une phase de ralentissement après plusieurs années d’expansion, le groupe OTB, fondé par Renzo Rosso, adopte une stratégie à contre-courant : intensifier l’investissement créatif, quitte à accepter une pression temporaire sur la performance financière.

Cette approche repose sur une conviction simple : les phases de contraction constituent aussi des moments de repositionnement stratégique. Distribution directe, innovation technologique et renouvellement artistique deviennent ainsi les piliers d’une transformation pensée pour préparer le prochain cycle de croissance.

En 2025, OTB réalise un chiffre d’affaires de 1,7 milliard d’euros pour un EBITDA de 237,3 millions d’euros, confirmant la solidité du groupe malgré un environnement marqué par les tensions géopolitiques, les fluctuations monétaires et le ralentissement chinois. Les ventes nettes reculent de 4,8 % à taux constants, un repli qui reflète davantage un ajustement stratégique qu’un affaiblissement structurel. L’EBIT s’établit à 10,1 millions d’euros, illustrant l’impact des investissements et d’événements non récurrents intervenus durant l’exercice.

À rebours des grands conglomérats privilégiant l’optimisation financière, OTB défend une lecture entrepreneuriale de la création. Pour Renzo Rosso, celle-ci constitue un actif économique à part entière. Cette vision s’incarne en 2025 dans le renouvellement simultané des directions artistiques de trois maisons clés : Glenn Martens chez Maison Margiela, Simone Bellotti chez Jil Sander et Meryll Rogge chez Marni.

Dans un marché désormais polarisé entre hyper-luxe et premium accessible, le groupe parie sur le renforcement des identités créatives pour soutenir la désirabilité. La croissance de Maison Margiela (+8,4 %), devenue la locomotive du portefeuille, valide cette stratégie et constitue la plus forte progression parmi les marques du groupe.

Autre levier majeur : la montée en puissance des canaux directs. Retail, outlets et e-commerce représentent désormais 60 % du chiffre d’affaires total, conséquence d’une politique d’investissements soutenue. Le recul du wholesale (-14,7 %) accompagne une rationalisation volontaire du réseau, avec relocalisations et optimisation des implantations. En 2025, cette rationalisation s’est traduite par 49 ouvertures, 58 fermetures et plusieurs relocalisations stratégiques, portant le réseau à 600 boutiques exploitées en direct. En internalisant la relation client, OTB protège ses marges tout en consolidant un actif devenu central : la donnée.

La renaissance de Diesel constitue un autre signal stratégique. Longtemps associée à son héritage des années 2000, la marque atteint sa meilleure rentabilité en dix ans grâce à un repositionnement mêlant inclusivité, culture populaire et accessibilité relative. La marque a notamment organisé en septembre 2025 son premier défilé entièrement ouvert au public lors de la Fashion Week de Milan et inauguré l’un de ses plus grands flagships mondiaux dans le quartier Hannam à Séoul. Diesel incarne ainsi une forme d’alternative au luxe capable de capter les nouvelles générations sans concurrencer frontalement les maisons traditionnelles.

Sur le plan géographique, OTB réduit sa dépendance à la Chine en s’appuyant sur un portefeuille plus équilibré. Le Japon demeure un pilier avec 27,4 % de l’activité globale, tandis que l’Amérique du Nord (+5,9 %) et le Moyen-Orient (+9 %) deviennent des relais de croissance. L’expansion au Mexique ainsi que les développements au Qatar et au Koweït traduisent une stratégie opportuniste orientée vers des marchés encore moins saturés. Le groupe a ouvert ses neuf premiers magasins au Mexique et lancé l’expansion de sa joint-venture avec Chalhoub Group au Moyen-Orient à partir de 2026.

Parallèlement, le groupe accélère sa transformation technologique. L’intelligence artificielle est intégrée au clienteling et à la supply chain afin d’automatiser les tâches à faible valeur ajoutée et améliorer l’efficacité opérationnelle. Le groupe a également poursuivi la migration vers des systèmes cloud pour ses fonctions finance, logistique et commerciales. Les certificats digitaux d’authenticité déployés via la blockchain Aura Consortium dépassent deux millions de produits enregistrés depuis le lancement du projet, posant les bases du futur passeport produit numérique européen prévu pour 2027.

Enfin, OTB conserve un atout rare dans le luxe contemporain : une forte intégration industrielle via Staff International, sa plateforme de production et de logistique. Le renouvellement du partenariat avec Dsquared2 confirme l’importance accordée à la maîtrise du savoir-faire manufacturier, avec une prolongation de cinq ans (dix saisons) à partir du printemps-été 2027, renforçant une collaboration de plus de vingt ans.

Le groupe a par ailleurs investi 64 millions d’euros en 2025, principalement dans les canaux directs et les projets d’innovation technologique, tout en améliorant sa génération de trésorerie avec une position financière nette atteignant 40 millions d’euros.

Dans un secteur en phase de normalisation après l’euphorie post-pandémie, OTB esquisse ainsi un modèle alternatif : celui d’un groupe capable d’articuler audace créative, contrôle opérationnel et vision de long terme — une forme de résilience construite moins sur la taille que sur la cohérence stratégique.

Courtesy of OTB

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