Confronté à un net ralentissement de ses performances en 2025, le groupe de luxe Kering amorce un virage stratégique majeur. À Florence, lors de son Capital Markets Day, le groupe de luxe a dévoilé « ReconKering », une feuille de route ambitieuse pensée pour réaffirmer la désirabilité de ses maisons et inscrire leur croissance dans le temps long.
Présenté comme « le prochain chapitre de la transformation du Groupe », ce plan ne se contente pas d’ajuster une stratégie financière : il redéfinit une ambition culturelle. Dans un secteur du luxe devenu plus compétitif, plus exigeant, et surtout plus rapide, Kering entend retrouver ce qui fait la valeur ultime des maisons, à savoir l’émotion et le désir. Aujourd’hui, la bataille ne se joue plus seulement sur les chiffres. Elle se joue sur l’imaginaire.
Au cœur de cette nouvelle feuille de route, Kering revendique un retour aux fondamentaux du « True Luxury » : créativité, savoir-faire, pertinence culturelle et excellence produit. Mais le groupe y superpose une lecture contemporaine du luxe, baptisée « Next Luxury », qui intègre les nouvelles technologies, l’évolution des marchés et les attentes changeantes des clients. Au cœur du dispositif, la désirabilité devient le principal moteur de croissance, avec un recentrage sur l’identité créative, l’exclusivité et la cohérence des collections. Pour Kering, il s’agit donc de réinvestir dans la création, le storytelling et l’expérience client afin de recréer de la valeur perçue.
Dans un marché du luxe plus mature, où la croissance ne peut plus reposer uniquement sur l’expansion géographique, la capacité à susciter le désir redevient un facteur clé de différenciation.
Chaque maison fait l’objet d’un repositionnement ciblé. Gucci doit relancer son attractivité via une offre repensée et une direction créative affirmée, tandis que Bottega Veneta capitalise sur un positionnement de « deep luxury », plus discret et exclusif. Balenciaga, de son côté, entend consolider son rôle de marque innovante tournée vers les nouvelles générations.
Au-delà de ses maisons historiques, Kering élargit désormais son champ d’action. Avec Kering Eyewear, le groupe ambitionne de devenir un acteur clé de la lunetterie de luxe connectée, en partenariat avec Google. Avec Kering Next, il s’ouvre à des univers encore émergents pour le secteur : beauté, longévité, bien-être.
Cette transformation s’accompagne d’une refonte structurelle en profondeur. Kering met en place une plateforme intégrée regroupant les fonctions industrielles, clients, technologiques et développement durable. L’objectif est de fluidifier les opérations, accélérer l’exécution et renforcer la cohérence globale du groupe — sans jamais diluer l’autonomie créative des maisons.
Sur le plan financier, le groupe affiche une trajectoire ambitieuse : plus que doubler sa marge opérationnelle à moyen terme, dépasser 20 % de retour sur capitaux employés, tout en maintenant une politique d’investissement disciplinée et une stabilité du dividende.
La feuille de route s’articule en trois temps : Reset d’ici 2026 pour consolider les fondamentaux, Rebuild d’ici 2028 pour renouer avec une croissance durable, puis Reclaim à l’horizon 2030 pour reconquérir une position de leader dans le luxe mondial.
Dans un secteur en pleine recomposition, Kering endosse désormais une posture inhabituelle pour un acteur de son rang, celle du challenger. Face à des concurrents souvent perçus comme plus solides ou plus constants, le groupe choisit une voie plus ambitieuse : celle de la reconquête par le désir. Le succès de « ReconKering » dépendra d’une seule chose : la capacité de ses maisons, à commencer par Gucci, à recréer un élan culturel puissant, capable de résonner au-delà des podiums et des bilans financiers.
Dans un secteur en mutation, Kering joue ainsi une partition délicate : redevenir désirable sans renier son héritage, tout en adaptant son modèle aux nouvelles règles du luxe.
Courtesy of Kering








